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Un DLA pour accompagner la transition écologique du festival Le Chien à plume

Très impacté par la crise de Covid-19 et ayant été contraint, comme la majorité des festivals, d’annuler ses éditions 2020 et 2021, l’équipe du Chien à Plumes a pris contact avec le DLA 52 pour être accompagné sur ses opportunités d’évolution.

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Le Chien à Plumes est un festival de Haute Marne qui accueille chaque année près de 15 000 festivaliers sur un site près de la base nautique du Lac de Villegusien. L’association gère aussi le lieu de diffusion « la Niche ».

-  Déroulé

L’accompagnement DLA, mené par le cabinet Belokane en collaboration avec David Irle, s’est déroulé sur 7 jours répartis en 11 étapes, prenant pour point de départ un état des lieux interne et une analyse du modèle économique pour aboutir à une stratégie ambitieuse afin de tendre vers un festival éco-responsable favorisant davantage le développement local. L’association a notamment souhaité étudier les possibilités d’aménagements du site qui permettraient d’évoluer vers des pratiques plus vertueuses.

-  Décarboner la culture : la responsabilité des festivals

Notre contexte actuel et pour les prochaines décennies est celui de l’urgence environnementale et en particulier climatique. Les organisateurs de festivals de musique, comme tous les autres professionnels de l’évènementiel, vont devoir s’adapter à ce contexte en s’inscrivant dans une démarche de transitions.
> Afin d’éviter une situation climatique ingérable en 2050, les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) préconisent une décarbonation à hauteur de 80%
> L’Etat Français a mis en place une Stratégie Nationale Bas Carbone qui témoigne de l’effort à mener pour atteindre cet objectif
> L’ensemble des secteurs économiques va être impacté par ce chantier de transformation de notre modèle énergétique

Si le monde de la culture est rarement cité parmi les secteurs polluants, son impact environnemental est loin d’être neutre car « le secteur des arts et de la culture est au cœur des transitions des secteurs de la mobilité et du transport, du bâtiment et de l’énergie, du numérique, de l’alimentation, de l’enseignement, que ce soit en amont ou en aval de ses productions. » (Extrait du Guide sur la mise en oeuvre de la RSO dans le spectacle vivant).

Le Ministère de la Culture invite les festivals à se mettre au vert et a annoncé en décembre 2021 une enveloppe de 10 millions d’euros supplémentaires conditionné au respect d’une charte de développement durable. [1]

Concrètement, ce sont des pratiques structurelles très coûteuses en Co2 qui sont à faire évoluer. Prioritairement concernant les impacts carbones majeurs :
> la mobilité d’un public qui vient parfois de loin avec un véhicule personnel ;
> les modes de tournées d’équipes artistiques et le fret du matériel ;
> la nourriture carnée et agro-industrielle sur les lieux de festival ;
> la consommation d’énergie ;
> et la numérisation des pratiques culturelles.

Puis concernant les impactes carbones mineurs : l’utilisation de décors ou matériaux non réutilisables et de lourdes logistiques, les bâtiments et équipements énergivores, la communication et les déchets...

Au-delà des exigences liées à l’éco-responsabilité, le festival doit aussi faire face à des défis structurels caractéristiques de ce secteur qui ne sauront être résolus que collectivement :
> Un écosystème hautement concurrentiel pour séduire les têtes d’affiche qui constitue un frein aux dynamiques de coopération,
> Une inflation régulière des coûts (augmentation des cachets artistiques et des coûts fixes) qui poussent à la croissance des jauges et fragilise le modèle économique.

De plus, il doit prendre en considération les adaptations liées au réchauffement climatique qui laisse craindre un impact non négligeable sur ce festival se tenant début août, à savoir :
> Un important stress hydrique pendant la période estivale
> La normalisation des phénomènes de canicule
> Des risques nouveaux en matière de feux de forêts pour la région

Pour le Chien à Plumes, la stratégie adaptative est prévue en trois phases : les évolutions réalisables dès maintenant, celles pouvant être mises en œuvre après l’aménagement du site, puis celles à plus long terme. Elle met la priorité sur la réduction des impacts liés à la mobilité des festivaliers, l’alimentation (restauration et bars), la gestion de l’eau et la maîtrise de l’énergie, autant « de vraies pistes concrètes pour atteindre nos objectifs » selon le directeur du festival.

Si l’aménagement du site du festival est bien entendu vertueux d’un point de vue du changement climatique, de la maitrise de l’énergie et de l’environnement, il l’est aussi pour le confort, l’accessibilité et la sécurité des utilisateur·ices, et également sur le plan financier. Bien que nécessitant un investissement initial, les travaux engendrent d’importantes économies pour chaque édition permettant d’élargir la programmation avec un plateau de la scène musicale locale et des temps davantage tournés vers les habitant·e·s du territoire. Cela entraîne une nouvelle géographie des publics et ainsi une atténuation des impacts liés à la mobilité des spectateur·rice·s. Le travail sur les achats et le modèle économique a permis de conforter celui-ci dans sa nouvelle formule plus « verte », d’évaluer les retombées économiques importantes pour le territoire et de progresser toujours plus vers des achats locaux et responsables.

- Un réseau de partenaires à l’écoute

L’accompagnement DLA s’est fait dans la concertation et l’implication de plusieurs partenaires. C’est tout d’abord le CNM (Centre National de la Musique) qui a été sollicité en tant que partenaire et financeur du Chien à Plumes et qui a pu, en concertation avec le chargé de mission DLA et Opale / CRDLA Culture, étayer la réflexion sur l’organisation du plan d’accompagnement.
Les partenaires financeurs ont été consultés pour recueillir leur vision et compléter l’analyse interne de l’association.
La restitution de l’accompagnement DLA s’est faite en présence de l’équipe salariée et bénévole du Chien à Plumes et des partenaires financeurs du PETR, très à l’écoute des propositions d’aménagement du site.

-  Et après ?

6 mois plus tard, le Chien à Plumes poursuit activement les pistes de travail dessinées par le DLA, avec l’appui d’une commission développement durable composée de bénévoles du festival. Des actions concrètes voient le jour : un partenariat local pour organiser des trajets en navette pour le public, une communication renforcée à destination des festivaliers pour les inciter à privilégier les transports en commun... Des démarches ont également été mises en oeuvre concernant l’alimentation pour mettre en avant des repas végétariens et des produits locaux, l’installation de toilettes sèches et une charte d’éco-responsabilité est en cours de rédaction. De plus, une personne spécialisée sur le développement durable va être embauchée pour une première mission sur la question du tri des déchets.

D’autres solutions nécessiteront davantage de temps pour être mises en place ainsi qu’un soutien politique et financier des pouvoirs publics. En attendant, le Chien à Plumes et les autres festivals de la région se mobilisent activement sur le sujet, bien conscients de la force du collectif pour enclencher des solutions durables.

Article co-rédigé par Opale/CRDLA Culture et le cabinet Belokane. Remerciements à Pierre Dahlab du DLA 52 et Eric Meunevelle, directeur du Chien à Plumes pour leur accueil et leur relecture attentive.



MAJ - février 2022